En février dernier, je dénonçais déjà le détricotage méthodique du Compte personnel de formation avec la restriction du financement du permis de conduire (5). Depuis, le reste à charge est passé à 150 euros (3) et plusieurs financements ont été plafonnés. Le Gouvernement veut désormais aller plus loin : remplacer le mot « personnel » par « professionnel » et vérifier, avant chaque utilisation, que la formation choisie correspond bien au projet professionnel déclaré.
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, évoque une vérification par l’employeur ou par un « tiers de confiance » (1). Comme avec Parcoursup, le Gouvernement veut faire entrer une logique algorithmique dans une décision qui engage tout un avenir. Un questionnaire automatisé devra juger la cohérence du projet : qui fixera ses critères et qui contestera son verdict ? Le Gouvernement ouvre ainsi la voie à un algorithme qui décidera, à la place des cotisants, de ce qui est bon pour eux. Soumis à son feu vert, notre droit devient une autorisation : une entrave à notre liberté de nous former.
Ne nous y trompons pas, derrière ce changement lexical se cache un changement philosophique. Le titulaire du CPF ne serait plus pleinement libre de préparer une reconversion, d’anticiper une rupture professionnelle ou d’acquérir une compétence nouvelle. Le CPF serait piloté par les besoins immédiats du marché et des entreprises.
Oui, le système doit être assaini. Le rapport du Sénat de juillet 2026 évalue son coût à environ 2 milliards d’euros par an, relève que seules 17,4 % des formations suivies en 2025 préparaient à une certification inscrite au RNCP et estime la fraude entre 43 et 250 millions d’euros par an (2). L’argent public doit être protégé. Mais parce que la monétisation a transformé ce droit en marché et que l’État y a laissé prospérer des prix excessifs et des formations de complaisance, il voudrait maintenant surveiller le salarié plutôt que mieux contrôler les vendeurs !
C’est toujours la même méthode, faute d’avoir sanctionné efficacement les fraudeurs, on restreint les droits de tous. Or un salarié peut légitimement préparer son avenir sans en informer son employeur. Une compétence en langue, en numérique ou en gestion peut ouvrir une voie que ni l’entreprise ni un questionnaire ne savent encore prévoir. Former, ce n’est pas assigner chacun à son poste actuel, c’est lui donner les moyens d’en changer.
Dans la ligne défendue par Nicolas Dupont-Aignan, il faut récompenser le travail, investir dans les compétences et orienter davantage de moyens vers ceux qui en ont réellement besoin (4). Cela suppose de contrôler l’offre plutôt que de mettre la demande sous tutelle, audits pédagogiques renforcés, publication des taux de réussite, d’abandon et d’insertion, comparaison transparente des prix, déréférencement rapide des organismes douteux et récupération systématique des sommes fraudées.
Nous proposons également de préserver le choix direct du titulaire, sans veto de l’employeur ni de l’algorithme. Le conseil en évolution professionnelle doit rester gratuit, confidentiel et facultatif. Les cofinancements des entreprises, des branches et des régions peuvent être encouragés pour les métiers en tension et les secteurs stratégiques, mais jamais devenir la condition d’exercice d’un droit individuel.
Le « P » de CPF n’est pas un détail. Il rappelle que les droits appartiennent à la personne qui travaille et cotise. La France a besoin de travailleurs mieux formés, plus autonomes et capables de reprendre en main leur destin. Contrôlons les fraudeurs, pas les travailleurs !
Retrouvez l’ensemble des propositions de Debout la France dans le projet présidentiel de Nicolas Dupont-Aignan :https://www.debout-la-france.
Sources :
- https://www.boursorama.com/
actualite-economique/ actualites/reforme-du-cpf-le- gouvernement-veut-des- formations-financees- coherentes-avec-le-projet-d- evolution-professionnelle- fc70710566839e2ff9935938ffb53f c5 - https://www.senat.fr/
fileadmin/cru-1783325159/ Commissions/Finances/2025- 2026/Controles/Essentiel_CPF_ post-commission.pdf - https://www.
moncompteformation.gouv.fr/ espace-public/une- participation-financiere- pourquoi-et-comment - https://www.debout-la-france.
fr/projet/economie-travail/ - https://www.debout-la-france.
fr/actualite/cpf-et-permis-de- conduire-une-nouvelle- regression-sociale-programmee/